Orée d’Anjou

5 août 2017- La Varenne, extrait journal de bord.

Cette vieille porte gris bleu grince au gré du vent, tapant contre son encadrement, oublié de tous. Une porte qui ne donne plus sur rien, une ruine symbole du temps qui passe. Cette maison, je n’ai que rarement eu l’occasion d’y pénétrer, au cœur de l’atelier de mon grand-père, ce n’était pas un lieu pour les jeux d’enfants… les carcasses de voitures rouillées, oui mais ce lieu où celui-ci disparaissait de longues heures, non. Ce village de la Varenne ne semble pas avoir beaucoup changé, seuls les lieux qui me sont familiers, ne le sont plus. Je ne savais pas trop quels sentiments allaient m’accompagner de retour su la terre de ma famille maternelle, lieu où je n’avais pas mis les pieds depuis 8 ans, lors de l’enterrement de ma grand-mère. Car c’est bien avec nostalgie que je me souviens de cette vieille maison de pierres jamais finie, pourtant face à celle-ci qui accueille désormais un jeune couple, les souvenirs du passé semblent totalement détachés du lieu. Tout ce qui faisait la magie du lieu a disparu, plus de tas de sable, plus de carcasses, plus de clapier à lapins, plus de famille qui me tend les bras sur les marches dorées. Même l’ile, cette ferme installé au cœur du lit de la Loire où j’allais rendre visite aux grands oncles et grandes tantes n’en a plus que le nom, le bras de Loire au sable fin a pris des allures de prairies et les cachettes de mon enfance ne sont plus. La maison de cousine Nini et notre quête de bonbons a été remplacé par une imposante maison où une grosse berline allemande trône sur le perron. Avec sa vue sur la Loire, ce n’est pas une institutrice vieille fille qui allait s’installer sur la parcelle. Ses souvenirs n’existent plus que dans ma cervelle et la mort s’est occupé de remodeler les paysages de mon enfance. Il n’y a plus rien qui me rattache à ces terres si ce n’est mon oncle qui m’offre l’hospitalité. Les histoires de Loire n’ont pas accompagné ma jeune vie et je vois une fois de plus mes racines s’étioler. Rien ne m’enracine à une terre et face à cette porte oubliée, ma vie nomade semble une évidence. Cette autre vie vient s’ajouter à mes souvenirs  qui s’accumulent et se bousculent entre réalité et onirisme, sur cette fine couche où les rêves futurs et les vies passées se mélangent au point d’avoir le plus grand mal à définir ce qu’on appelle la réalité. Je quitte la Varenne devenue, Orée d’Anjou, comme j’ai pu quitté des centaines d’autres villages, les yeux fixés sur le futur et le passé laissé au papier.

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